Le syndrome de la dysbiose intestinale et du dysfonctionnement cognitif - Dr. Natasha Campbell - «source Taty Lauwers»

Le syndrome de la dysbiose intestinale et du dysfonctionnement cognitif - Dr. Natasha Campbell - «source Taty Lauwers»

De plus en plus de recherches lient le dysfonctionnement du cerveau à un déséquilibre métabolique dont la source serait dans les intestins. Comment justifier à votre famille que votre petit enfant hyperactif devrait manger moins de sucre ? Que vous devriez manger sans céréales pour votre dépression ? Quel lien entre une maladie nerveuse et la digestion? Comment aussi comprendre les tenants et aboutissants de cette approche avant de se lancer dans une réforme de cette part si affective de notre quotidien ?

Le Docteur Nathasha Campbell, neurologue et nutritionniste, pratique à Cambridge (UK). Elle y soigne en principal des enfants victimes de troubles envahissants du comportement et des adultes victimes de colopathie fonctionnelle et de troubles immunitaires.
C'est sous le nouveau terme de « Gut and Psychology Syndrome (Gap Syndrome) »  que ce médecin regroupe sous un nouveau terme les pathologies de troubles du comportement depuis l'autisme jusqu'à l'hyperactivité, la dyspraxie, l'hyperkinésie ou la schizophrénie en passant par la dépression. Les enfants et jeunes adultes souffrant du syndrome GAP, peuvent présenter des symptômes d'autisme, de tocs, d'hyperactivité, de dyslexie, dyspraxie (mauvaise coordination des mouvements), de schizophrénie, de dépression, de troubles du sommeil, d'allergies, d'asthme et d'eczéma - souvent en combinaison. Ils sont quasi toujours victimes de troubles digestifs que l'on qualifie de « dysbiose intestinale».
 

Tout ce que vous voulez savoir sur le syndrome GAP ou dysfonctionnement cognifif et dysbiose intestinale : le lien inaperçu


La majorité des enfants souffrant de troubles neurologiques ou psychiatriques ont un visage pâle et tiré. Les tests révèlent des états d'anémie plus ou moins avancés. Un sang sain requiert de nombreux nutriments : des vitamines (B1, B2, B3, B6, B12, K, A, D, etc), des minéraux (Fe, Ca, Mg, Zn, Co, Se, etc.), des acides aminés et gras essentiels. Non seulement ces enfants ne peuvent pas assimiler ces nutriments pourtant présents dans leurs aliments, mais la production interne de ces nutriments est souvent mise à mal chez eux. En outre, les intestins des personnes souffrant de dysbiose sont souvent colonisés par certains groupes de bactéries pathogènes amateurs de fer (Actinomyces spp., Mycobacterium spp., variétés pathogéniques d'E.Coli, Corynebacterium spp. et bien d'autres). Celles-ci absorbent tout le fer présent dans le régime de l'enfant, ce qui laisse celui-ci anémique. Hélas, ajouter du fer par voie orale ne fait que nourrir ces bactéries pathogènes et ne résout pas l'anémie de l'enfant. Si l'on voulait vraiment soigner l'anémie, il faudrait que soient présents tous les nutriments précités.

L'écologie intérieure

Les bactéries commensales ont un rôle direct dans la nutrition via leur fonction dans les intestins mais elles en sont aussi les techniciennes de surface !. Elles couvrent toute la surface de l'intestin, le protégeant ainsi des envahissements de bactéries pathogènes et de toxines générant des substances antibactériennes, antivirales et antifongiques. Simultanément, elles nourrissent la paroi intestinale. Il n'est donc pas surprenant que, dans les cas de flore intestinale anormale, le tube digestif ne puisse être sain.

La plupart des enfants GAP ou allergiques présentent des troubles digestifs. Dans de nombreux cas, ces problèmes sont si handicapants que les parents en parlent à leur médecin. Parfois pas ... mais dès qu'ils sont questionnés sur le sujet, ils témoignent que leur enfant n'a jamais eu de selles normales ; que bébé il a souffert de coliques ; que les crampes abdominales et les gaz sont monnaie courante chez lui. Les tests de gastro-entérologie objectivent une inflammation intestinale doublée d'une compaction fécale.

Les recherches les plus récentes, réalisées au Royal Free Hospital de Londres par le Docteur Andrew Wakefield et son équipe, ont permis de définir sous le terme "Entérocolite Autistique" le syndrome d'inflammation intestinale chez les enfants autistes. Il est aussi courant d'observer des problèmes digestifs chez les patients schizophrènes. Depuis de nombreuses années, le Docteur Curtis Dohan, généraliste, axe ses recherches sur les anomalies digestives liées à la schizophrénie. Il a établi de nombreux parallèles entre la maladie cœliaque et l'état du tube digestif des personnes schizophrènes. Dès le début de leur vie, bien avant de développer des symptômes  psychiatriques, ces patients souffrent de problèmes digestifs et autres symptômes typiques de dysbiose intestinale. Les praticiens témoignent que souvent des enfants et de jeunes adultes victimes de ADHD/ADD (hyperactivité, hyperkinésie), de tocs, de dépression ou d'autres problèmes neuropsychologiques souffrent aussi d'anomalies digestives.

Quels sont les autres symptômes de dysbiose intestinale ?


Une flore intestinale équilibrée est l'appui idéal du système immunitaire. Les bactéries commensales bénéfiques de l'intestin garantissent la production correcte de cellules immunitaires et d'immunoglobulines. Elles garantissent surtout l'équilibre immunitaire. Un des phénomènes typiques chez une personne ayant une dysbiose intestinale est le déséquilibre des deux appuis majeurs du système immunitaire Th1 et Th2 : Th1 sous-actif et Th2 suractif. En conséquence, le système immunitaire s'emballe face aux stimuli de l'environnement, sur un mode allergique ou atopique.

Les enfants naissent avec un système immunitaire immature. Une flore intestinale équilibrée dès les premiers jours garantit la maturation correcte du système immunitaire. Si la flore intestinale appropriée ne se développe pas chez le nourrisson, celui-ci a un état immunitaire compromis. Le résultat en sera une série d'infections, soignées bien souvent par une série d'antibiotiques, qui endommageront encore plus la flore intestinale de l'enfant et son immunité. Les infections les plus courantes chez les enfants GAP de 0 à 2 ans sont les infections touchant les oreilles, les poumons, la gorge et l'impétigo. Bien souvent, pendant la même période, le nourrisson a une série de vaccins. Or, un enfant dont le système immunitaire est compromis ne réagit pas aux vaccins comme prévu. Dans la plupart des cas, les vaccins accroissent les dégâts immunitaires et sont source d'infections virales chroniques et persistantes. 
 
Une champignonnière

C'est ainsi que les enfants d'aujourd'hui ne disposent pas toujours dès le départ d'une flore intestinale normale. Au contraire, elle est encore plus agressée par des cures d'antibiotiques et par les vaccins. En conséquence, ces enfants souffrent souvent de problèmes digestifs, d'asthme, d'allergies, d'eczéma. Mais les enfants qui évoluent vers des troubles neurologiques et psychiatriques connaissent un phénomène encore pire. Sans le contrôle des bactéries intestinales bénéfiques, des bactéries opportunes et pathogènes, des virus, des levures/champignons arrivent à coloniser de larges zones de l'intestin. Deux groupes en particulier se retrouvent dans les examens : les levures et les clostridiae. Ces microbes pathogènes digèrent la nourriture à leur manière en produisant une palette de substances toxiques qui, absorbées par le circuit sanguin, traversent la barrière encéphalorachidienne. La quantité de toxines varient selon les sujets, produisant des symptômes neurologiques et psychologiques différents. En l'absence ou en carence de bactéries bénéfiques au sein de la flore intestinale, le système digestif de l'enfant GAP n'est plus une source nutritive pour l'organisme mais bien une source de toxicité.


De quelles toxines parle-t-on ?


Elles sont innombrables et toutes n'ont pas encore été étudiées à ce jour.


Acétaldéhyde et alcool

Les microbes les plus pathogènes se développant dans le système digestif des enfants GAP sont les levures, en particulier les candida. Ces levures fermentent les hydrates de carbone de l'alimentation, produisant ainsi de l'alcool et son sous-produit l'acétaldéhyde. L'acétaldéhyde passe pour le plus toxique des sous-produits de l'alcool. L'acétaldéhyde produit une série d'effets toxiques dans le corps. L'une des influences les plus dévastatrices de ce produit chimique est sa capacité à modifier la structure des protéines. Les protéines modifiées par l'acétaldéhyde pourraient être responsables de quantité de réactions auto-immunes.

Voyons ce que peut produire dans l'organisme l'exposition constante à l'acétaldéhyde produit par une fermentation déviante des hydrates de carbone :

• dégâts au foie, qui perd ses capacités à détoxiquer les médicaments, les polluants et autres toxines
• dégénérescence du pancréas, qui perd ses capacités à produire des enzymes, ce qui perturbe la digestion
• perte de la capacité de l'estomac à produire de l'acide
• dégâts au système immunitaire
• atteintes au cerveau avec perte de contrôle, coordination défaillante, troubles du langage, agressivité, retard mental, perte de mémoire
• dégâts nerveux périphériques, les cinq sens sont altérés, faiblesse musculaire
• dégâts directs aux muscles, qui se contractent et relaxent avec plus de difficulté
• carences nutritionnelles et mauvaise assimilation des vitamines, minéraux, acides aminés. Les carences en vitamines B et A sont les plus courantes
• l'alcool peut exacerber la toxicité de la plupart des médicaments, polluants et autres toxines
• altération du métabolisme des protéines, des hydrates de carbone et des lipides
• incapacité du foie à évacuer les neurotransmetteurs et les hormones en fin de cycle ainsi que des autres sous-produits du métabolisme normal. En conséquence, ces substances s'accumulent dans le corps, provoquant des anomalies du comportement et bien d'autres problèmes.

Les neurotoxines clostridia


Près de cent variétés de clostridia sont connues à ce jour. On les trouve dans les selles de personnes souffrant d'autisme, de schizophrénie, de psychose, de dépression grave, de paralysie musculaire et d'anomalies du tonus musculaire, tout comme dans d'autres pathologies neurologiques ou psychiatriques. De nombreuses variétés de clostridia sont des commensaux de la flore intestinale. 
  
Chacun sait que le tétanos est une maladie mortelle, provoquée par la neurotoxine clostridium tetani. Celle-ci est normalement tenue en joue par les bactéries bénéfiques et ne provoque aucun trouble car la toxine produite ne peut traverser une paroi intestinale normale. Mais les enfants dont il est question ici n'ont pas une paroi intestinale normale. Il se peut qu'en cas de dysbiose cette neurotoxine puissante traverse la paroi intestinale et, absorbée via le circuit sanguin, fasse son chemin au travers de la barrière encéphalorachidienne, inhibant ainsi la croissance mentale de l'enfant. Bien d'autres variétés de clostridia (perfringens, novyi, septicum, histolyticum, sordelli, aerofœtidum, tertium, sporogenes, etc) produisent des toxines similaires.

Selon le Docteur William Shaw du Great Plains Laboratories (USA), nombre d'enfants autistes ont fait preuve d'améliorations dans leur comportement et dans les tests biochimiques après avoir suivi un traitement anticlostridia ... mais sont retombés dans l'autisme dès l'arrêt du médicament. Dans de nombreux cas, on n'a pourtant pas pu identifier de clostridia dans les selles de ces enfants, car ces microbes sont strictement anaérobies et difficiles à repérer. Il faudra que nous trouvions des modes plus efficaces de tests pour repérer ces pathogènes majeurs.

Les levures et le clostridia connaissent leur heure de gloire depuis l'ère des antibiotiques. Les antibiotiques à large spectre ne les incommodent absolument pas alors qu'ils éliminent la flore bénéfique supposée contrôler les pathogènes. Après chaque traitement antibiotique, ces deux groupes de pathogènes se surmultiplient sans contrôle. Les enfants GAP ont souvent subi de nombreux traitements antibiotiques depuis la naissance.


Gliadomorphines et Casomorphines ou les opioïdes dérivés du gluten et de la caséine. Dermorphine et Deltorphine


Que font, dans un discours sur les enfants, les opioïdes, ces substances médicamenteuses comme l'opium, la morphine ou l'héroïne? En raison du déséquilibre de la flore intestinale, les protéines comme le gluten (*)et la caséine (*) ne sont pas digérées correctement chez les enfants et adultes souffrant d'autisme et de schizophrénie. Pire : elles sont transformées en dérivés dont la structure est proche des opioïdes comme la morphine et l'héroïne. De plus en plus de recherches s'attachent à ce phénomène (voir Dohan, Reichelt, Shattock, Cade, etc) où l'on détecte dans les urines de patients schizophrènes et d'enfants autistes des peptides de gluten et de caséine, appelés gliadomorphine et casomorphine. Ces peptides urinaires se retrouvent aussi chez les patients déprimés ou souffrant d'arthrite rhumatoïde. Ces dérivés opioïdes squattent certaines zones du cerveau, tout comme la morphine ou l'héroïne et provoquent des troubles neurologiques et psychologiques. C'est sur la base de ces recherches qu'a été développé le « régime SGSC (sans gluten sans caséine) » qui soulage la plupart des enfants et adultes souffrant d'autisme ou de schizophrénie.

La dermorphine et la deltorphine sont deux substances méchamment toxiques à la structure opioïde, repérées chez les enfants autistes par le biochimiste Alan Friedman. C'est sur la peau d'un crapaud venimeux d'Amérique latine que furent d'abord identifiées ces substances. Le Docteur Friedman pense que la toxicité est due à un champignon colonisant la peau du crapaud plutôt qu'au crapaud lui-même, qui n'est en soi pour rien dans la production de cette toxine. Il est probable que ce champignon croisse dans les intestins des enfants autistes, produisant ainsi de la dermorphine et de la deltorphine.


Le gluten et la caséine mal digérés sont transformés en dérivés de structure proche des opioïdes. Ces derniers squattent certaines zones du cerveau, provoquant des troubles neurologiques. 

Sulfates

Un taux bas en sulfates est un paramètre récurrent chez ces enfants GAP, ce qui indique indirectement le degré de toxicité dans le corps. Les sulfates sont essentiels dans de nombreux processus de détoxification et dans le métabolisme normal des neurotransmetteurs du cerveau. Dans de nombreux cas, les enfants accumulent par leur alimentation de hautes doses de sulfates mais ceux-ci sont tous utilisés par les voies métaboliques de détoxification, voies qui peinent à oeuvrer dans l'océan toxique produit par l'intestin de l'enfant. Simultanément, une autre famille bactérienne se surmultiplie dans les intestins : les bactéries sulfatoréductrices, qui rendent le soufre non disponible dans l'organisme. Elles transforment les sulfates en sulfites, dont la plupart sont toxiques, comme le sulfure d'hydrogène H2S, ce gaz sentant l'œuf pourri. Certains parents d'enfants autistes, hyperactifs ou autre syndrome GAP signalent cette odeur caractéristique dans les selles de leurs enfants.

Le cocktail toxique peut bien être différent chez chaque enfant, mais le point commun est la dysbiose intestinale.

(*) Gluten : cette protéine se retrouve dans les céréales comme le blé, l'épeautre (petit et grand), le kamut, le seigle, l'orge, l'avoine et dans de nombreux additifs. Dans un organisme normal, le gluten est dégradé par des enzymes en peptides, puis en acides aminés. Lorsque cette dégradation est défectueuse, les peptides mal dégradés qui passent alors dans le sang s'accumulent dans le corps, induisant une forme d'empoisonnement aux peptides. 
(*) Caséine : cette protéine du lait se retrouve dans le lait de vache, chèvre, brebis ... et dans de nombreux additifs.